Pourquoi la morgue de Paris attirait-elle des foules de curieux au XIXᵉ siècle ?
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Aujourd’hui, l’idée peut sembler macabre. Pourtant, au XIXᵉ siècle, visiter la morgue de Paris était une activité presque banale. Située près de Notre-Dame, sur le quai de l’Archevêché, la morgue est alors l’un des lieux les plus fréquentés de la capitale. Des milliers de Parisiens — et même des touristes — viennent y observer… des cadavres.
Pour comprendre ce phénomène, il faut d’abord rappeler le rôle de la morgue à cette époque. La police parisienne y expose les corps de personnes mortes de manière inconnue ou suspecte : noyés repêchés dans la Seine, victimes d’accidents ou de crimes. L’objectif est simple : permettre au public de reconnaître les défunts afin de les identifier.
Les corps sont placés derrière une grande vitre, légèrement inclinée, afin que les visiteurs puissent les voir facilement. L’entrée est gratuite, et chacun peut défiler devant les dépouilles.
Mais très vite, la fonction utilitaire du lieu se transforme en véritable spectacle.
Dans une société où les divertissements populaires sont encore limités — bien avant le cinéma ou la radio — la morgue devient un endroit où l’on vient chercher des frissons et des émotions fortes. Les journaux racontent les affaires criminelles avec force détails, et les Parisiens se rendent à la morgue pour voir de leurs propres yeux les victimes évoquées dans la presse.
Le lieu attire parfois des foules impressionnantes. Lorsqu’un crime particulièrement médiatisé survient, on peut compter des dizaines de milliers de visiteurs en quelques jours.
La morgue devient ainsi une forme de tourisme macabre. Des vendeurs ambulants s’installent même à proximité pour profiter de l’afflux de curieux.
Ce succès s’explique aussi par la fascination du XIXᵉ siècle pour la mort et la criminalité. À cette époque, les exécutions publiques attirent déjà d’immenses rassemblements. Les faits divers sont largement diffusés dans les journaux, qui connaissent alors un essor spectaculaire.
Observer les corps exposés permet au public de confronter ces récits à la réalité.
Cependant, ce spectacle finit par choquer une partie de l’opinion. À la fin du siècle, médecins et moralistes dénoncent un voyeurisme malsain. On estime que la morgue ne remplit plus vraiment sa fonction d’identification et qu’elle est devenue un lieu de curiosité morbide.
En 1907, les autorités parisiennes décident finalement de mettre fin à cette pratique. Les corps ne seront désormais plus exposés au public.
Ainsi disparaît une attraction qui, pendant plusieurs décennies, aura transformé un lieu médico-légal en véritable spectacle urbain. Au XIXᵉ siècle, à Paris, la frontière entre information, curiosité et divertissement pouvait parfois être… étonnamment mince.
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